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Desservir les communautés inaccessibles 

Les programmes de vaccination de proximité sauvent la vie des enfants

 

Lotabong vit dans un village en périphérie de Kapoeta Nord au Sud Soudan. Deux de ses huit enfants sont morts de la rougeole et un troisième de la diarrhée. Lorsque ces enfants ont contracté la rougeole, Lotabong ne savait pas qu'un vaccin existait pour prévenir la maladie. Maintenant, elle explique aux autres mères avec des enfants en bas âge l'importance d'aller faire vacciner ses enfants pour que plus personne n'ait à vivre la douleur qu'elle et ses enfants ont eue à surmonter.

L'histoire de Lotabong

« J'ai donné naissance à huit enfants. Il ne m'en reste que cinq. La maladie [rougeole] s'est emparée de mes enfants lorsque je vivais à Nairus. On m'a dit que mes enfants étaient malades. Puis les enfants ont commencé à mourir. Les enfants de ma co-épouse sont morts aussi. La maladie a pris deux de ses enfants. Le premier est mort dans la matinée et l'autre dans la soirée.

Je savais que c'était la rougeole à cause des symptômes. Ça a commencé sur le visage des enfants et ensuite ils ont eu des lésions autour de la bouche. Ils ont eu une éruption cutanée et de la fièvre. Les enfants étaient vraiment gênés, mais il n'y avait aucun médicament pour les guérir. J'ai essayé d'utiliser la médecine traditionnelle, mais cela n'a pas marché. Elle a échoué. J'ai frotté du crottin de chèvre sur la peau de l'enfant, sans résultat. La maladie s'est empirée. J'ai pris des cendres chaudes et je les ai frottées sur le bras de l'enfant. Ensuite, je l'ai allongé sur le sol et je lui ai frotté tout le corps. Ensuite, j'ai essayé des mixtures d'herbes (écorces d'arbre) que j'ai mélangées à de l'eau et obligé mon enfant à boire. Après tout cela, les gens m'ont dit de faire bouillir des pierres dans l'eau et de lui donner le bouillon à boire. Tout cela pour rien. Nous avons fait tout ce que nous pouvions, mais aucun des remèdes n'a fonctionné. La maladie a tué mes enfants. 

Chaque jour, des enfants mourraient. Chaque jour, un nouvel enfant tombait malade. Un enfant tombait malade et mourrait et un nouvel enfant tombait malade. Peut-être qu'il a attrapé la maladie en buvant dans le même gobelet que son frère. Ou peut-être qu'ils passaient trop de temps ensemble et qu'il est devenu malade de cette façon. Un enfant mourrait, le prochain tombait malade et ainsi de suite. Ils sont tous morts comme ça. Maintenant, j'ai compris que la maladie peut se transmettre entre les enfants. La rougeole a tué tous ces enfants, les miens et ceux de ma co-épouse. 

J'essaye de ne pas y penser et de me dire que c'est Dieu qui l'a voulu, et puis je vois ceux qui sont toujours en vie. Tous les jours, je prie Dieu pour que mes cinq autres enfants survivent.

Il y a beaucoup de maladies qui s'attaquent aux enfants comme la pneumonie qui emprisonne les poumons des enfants. Les grandes personnes peuvent lutter, mais pas les enfants. Ils peuvent mourir en un ou deux jours. Ensuite, il y a la fièvre — les gens d'ici ne connaissent pas son nom. Les guérisseurs disent que c'est le nyekog, mais je crois qu'ils se trompent. La jaunisse est très fréquente aussi. L'année dernière, les enfants en bas âge,  les hommes et les femmes âgées ont dû se battre contre elle. Quand une personne attrape la jaunisse, le blanc des yeux prend la couleur de l'herbe. S'ils mangent de la viande, ils meurent immédiatement. [Une croyance largement répandue veut que si vous avez la jaunisse, vous ne devez pas manger de viande, de sel ou d'huile.]

Maintenant, j'ai entendu que les vaccins sont disponibles pour les enfants ici à Kapoeta Nord. Je peux voir que beaucoup moins d'enfants attrapent la rougeole. Lorsque je vois des mères faire vacciner leurs enfants, je sais qu'ils seront protégés. Si une femme a un nouveau-né, elle l'emmène à clinique pour le faire vacciner et elle doit revenir un mois après pour en faire un deuxième. Le médicament contre la rougeole est là maintenant. Les enfants sont en sécurité. Le médicament empêchera les enfants de mourir comme par le passé. Avant, on ne savait pas qu'il fallait faire vacciner les enfants. Maintenant les vaccins sont disponibles, il n'y a pas de retard et plus personne ne meurt

Ce que je voudrais savoir, c'est que maintenant que vous savez que la rougeole est une menace pour la communauté, vous devriez acheter suffisamment de vaccins contre la rougeole et les donner à toutes les mères pour que leurs enfants ne tombent pas malade. Il faut que la rougeole s'en aille d'ici. Dites aux dirigeants d'apporter des vaccins ici au sud du Soudan pour que les gens vivent une vie sans les maladies comme la rougeole, la pneumonie et la jaunisse. Si vous avez des vaccins contre la jaunisse, il faut les amener ici. Nous avons besoin de médicaments ici.

Beaucoup d'enfants sont morts dans ce village, mais il n'y a pas qu'ici, dans tous les villages de la région. La plupart des femmes ont perdu un enfant, souvent deux. Beaucoup d'enfants sont morts de la rougeole. »

À Kapoeta Nord, Aide à l'enfance dirige un programme de vaccination de proximité qui tous les jours achemine des vaccins dans les communautés les plus reculées, qui sans cela n'y auraient pas accès.  Les vaccins administrés sont le DTC3 contre la diphtérie, la coqueluche et le tétanos; contre la poliomyélite, contre la rougeole et le BCG contre la tuberculose. Nous avons une équipe de 12 personnes : deux d'entre eux sont affectés en permanence à la clinique pour administrer les vaccins aux mères et aux enfants qui se rendent sur place et les dix autres voyagent quotidiennement dans les villages les plus reculés. Nous gérons également six centres de santé et nous avons commencé à en rénover deux autres. Chaque établissement dessert environ 10 000 personnes.