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Les clubs d'enfants

Permettre aux enfants de se protéger

Dorty vit à Kroo Bay, en Sierra Leone avec ses parents, deux sœurs (âgés de 15 et 11 ans) et un frère de 3 ans. Le viol, la violence, les grossesses chez les adolescentes et les mariages précoces sont des problèmes quotidiens dans sa communauté. Au Club des enfants mis en place par Aide à l'enfance, Dorty et d'autres enfants de son âge apprennent leurs droits et renforcent leurs capacités à répondre à ces questions afin qu'ils puissent bâtir une vie meilleure pour eux et leur communauté tout entière.

Crédits photographiques Louise Dyring Nielson


 

L'histoire de Dorty

 

Dorty dit que depuis l'arrivée d'Aide à l'enfance dans sa communauté, elle a vu son environnement s'améliorer sensiblement. Certains parents avaient l'habitude de violenter et d'abuser leurs enfants, mais cela devient moins fréquent. 

Le Club des enfants propose des ateliers où les enfants apprennent leurs droits, partagent des idées et participent à des activités ludiques et sportives qui renforcent leur confiance en eux. Le club travaille également avec les parents pour les aider à comprendre la Convention relative aux droits de l'enfant.

« Nous avons des réunions au sein du Club des enfants tous les samedis et nous nous attaquons à différents sujets. Comme le viol, la violence ou la négligence. Ce sont les principaux problèmes et dans le club, nous discutons de ce que nous aimerions que le Comité de protection de l'enfance fasse », explique Dorty.
 
« Si je vois un problème dans la communauté je le rapporte au Comité de protection de l'enfance (CPE) et ils ne restent pas assis là à ne rien faire. Ils se lèvent et rapportent le problème au chef. J'ai l'habitude de dire aux enfants qu'ils doivent être courageux. Qu'il faut avoir foi en Dieu. Je leur donne quelques conseils et leur dis de ne pas avoir peur ».

Comme Dorty en a pris conscience, certains de ces problèmes sont directement issus de la pauvreté. Les familles s'attendent à ce que leurs enfants rapportent de l'argent à la maison et pour ce faire ils doivent parfois consentir à avoir des relations sexuelles pour gagner cet argent.

Dorty explique qu'il y avait beaucoup plus d'enfants maltraités avant l'arrivée du Club des Enfants. Les choses se sont améliorées, mais il reste encore beaucoup à faire :

« Le viol n'a pas été éradiqué dans cette communauté, mais leur nombre est en baisse. Je n'ai pas entendu parler d'un viol depuis plusieurs mois. Par contre, j'ai entendu parler d'enfants battus, de travail des enfants, de la traite d'enfants, de maltraitance et de grossesses. Mais pas aussi souvent que par le passé. Maintenant, les gens savent ce qui va leur arriver si elles font des choses comme ça. »

« Ce que j'aime [faire avec le Club des enfants]? Je crois que j'aime deux choses en particulier : j’ai confiance en moi et je suis déterminée à défendre nos droits dans la communauté de Kroo Bay, et puis maintenant je sais comment aborder certains problèmes qui touchent les enfants », se confie Dorty.

« Je sais quand et comment parler en public et je sais comment représenter le Club des Enfants. Et je sais comment reconnaître les principaux problèmes de notre communauté. »

Dorty a participé à de nombreux ateliers avec Aide à l'enfance et elle les trouve très utiles. Les ateliers traitent de sujets comme le travail des enfants, les enfants battus, la maltraitance des enfants, la protection des enfants et le viol.

« Le club m'a transformée, il m'a donnée la volonté et la confiance nécessaire pour prendre position et dire ce que je pense sur ce qui devrait arriver à certains enfants et sur ce qui affecte leur vie. Je suis prête à m'impliquer dans n'importe quelle situation. Je peux défendre les enfants de la communauté de Kroo Bay et certains parents me font confiance parce que je ne suis pas impliquée dans la prostitution comme d'autres enfants de notre communauté. Je suis différente ».

« Je vais vous raconter l'un des cas le plus grave dont je me souvienne », commence Dorty. « Un enfant a été amené à Freetown. Sa tante lui avait demandé de ramener quelque chose, mais elle en a perdu une partie et ne pouvait pas lui rendre tout l'argent qu'elle lui devait. Pour la punir, la tante lui a jeté de l'huile bouillante sur le ventre. L'enfant pleurait et pleurait, et je suis allé là-bas pour lui demander quel était le problème. Je suis allé rapporter le problème au Comité de protection de l'enfance (CPE) et cette personne a alerté le chef, et ensuite la police et l'hôpital. Lorsque la police est venue arrêter la femme, elle s'est enfuie. L'enfant a été hospitalisé pendant 6 jours ».

Dorty dit qu'elle n'a pas peur d'interférer dans la vie des autres. Il ne lui est jamais rien arrivé :

« Je ne serai jamais attaqué parce que je fais ce qui est juste. Ils ne peuvent pas me dire de ne pas intervenir dans leur vie. Ils ne peuvent pas, parce que comme je le disais, je fais ce qui est juste. »

Dorty espère devenir infirmière. Sa mère est commerçante et elle économise pour payer les frais de scolarité et permettre à Dorty de réaliser ses rêves. « Je veux être infirmière. Je veux aider les gens. Certaines personnes sont très malades et n'ont pas d'argent. C'est comme cela que certaines personnes meurent. Lorsque je serais infirmière, je vous aiderais à sauver votre vie. »

Dorty veut aider ses parents quand elle sera plus grande. « Je veux m'occuper de mes parents - c'est mon objectif. Aider mes parents à vivre à Kroo Bay. » Dorty se met à pleurer en évoquant l'école et ses examens. En ce moment, ses parents n'ont pas l'argent pour payer les examens, mais ils disent qu'ils feront leur possible.