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Venir au monde pour le changer : comment une adolescente fait une différence dans sa communauté

 

Brenda est née séropositive. Elle vit avec sa mère, deux frères aînés et une sœur cadette, âgée de neuf ans. Ses frères sont séronégatifs; sa sœur n'a pas encore été testée, mais Brenda pense qu'elle est séropositive parce qu'elle est née après elle.

En 2005, Brenda s'est présentée au centre Alerte Santé, un de nos partenaires en Ouganda, pour demander un soutien psychologique. Aujourd'hui, elle est présidente du club Les Jeunes Positifs, un groupe d'entraide d'Alerte Santé. Brenda est aussi une éducatrice : elle parle du VIH et du sida à d'autres jeunes et enseigne des compétences de vie courante aux élèves des écoles primaires. Elle-même est en cinquième année dans le système éducatif ougandais.

Une meilleure disponibilité des médicaments, les campagnes intensives d'éducation du public de ces dernières années et l'intervention marquée du gouvernement font qu'aujourd'hui les Ougandais vivent beaucoup mieux leur séropositivité, même s’ils sont encore exposés à de graves discriminations. Alerte santé, notre partenaire, aide les jeunes séropositifs (Les jeunes positivent) à accepter leur condition et leur offre un soutien psychologique. Ces jeunes gens tentent de briser les tabous et d'aider les autres à vivre positivement avec le VIH.

 

L'histoire de Brenda

« Lorsque j'étais en première année, j'étais toujours fatigué et je n'arrêtais pas de tomber malade. Mes amies du pensionnat m'ont emmené à l'hôpital. Ensuite, ma mère s'est dit que je devrais faire une prise de sang. Elle est venue me chercher à l'école et nous sommes allés ensemble à l'hôpital. Ma mère s'est également fait dépister et les résultats étaient positifs pour chacune d'entre nous. Quand ma mère a obtenu les résultats, elle est venue à l'école pour demander à ce que je puisse rentrer à la maison avec elle pendant une semaine. 

Elle est venue me voir dans ma chambre et m'a tout expliqué. J'étais triste. J'avais 14 ans. Mon père est mort alors que je n'avais qu'un an et là elle m'a dit qu'il était mort du sida. Avant le dépistage, je ne pense pas qu'elle savait de quoi il était mort. 

Nous avons commencé notre traitement ensemble. Comme je devais prendre mes médicaments au pensionnat, les autres élèves ont commencé à me stigmatiser. Elles disaient que j'étais « un cercueil ambulant » et que ça ne servait à rien d'aller à l'école parce que de toute façon j'allais mourir. J'ai décidé de mettre fin à mon traitement. Quand ma mère me donnait les médicaments, je les ai jetés à la poubelle. Je savais que les médicaments marchaient, mais la pression des autres personnes était trop forte pour moi; j'ai pris peur et j'ai arrêté de prendre mes médicaments pendant huit mois. Ma mère n'a jamais su que je jetais mes médicaments à la poubelle. Après huit mois sans traitement, je suis tombée vraiment malade et comme je ne pouvais plus aller à l'école, je suis restée à la maison. 

Ensuite, j'ai été testée pour la tuberculose (TB) à l'hôpital de Gulu. Mes résultats étaient positifs, et ils m'ont mis sur un traitement contre la tuberculose pendant huit mois et de nouveau sur ​​la première ligne d'ARV (antirétroviraux). Personne ne savait que je n'avais pas pris mes médicaments pendant huit mois. Cette fois, le traitement a échoué. Mon taux de CD4 [cellules sanguines qui contrôlent la réponse immunitaire de l'organisme] était en baisse, et mon médecin m'a demandé ce qui n'allait pas. Je lui ai tout raconté, et il a décidé de me mettre sur la deuxième ligne d'ARV. C'est toujours le traitement que je suis et je me sens bien maintenant. J'ai quitté le pensionnat pour une école normale, comme cela je peux prendre mes médicaments à la maison. 

Lors que j'ai appris que j'étais séropositive, j'étais très en colère, je voulais mettre fin à mes jours parce que je pensais que le VIH était une condamnation à mort. Mais lorsque je suis allée à Alerte Santé, ils m'ont dit qu'être séropositif n'est pas la fin du monde. Beaucoup de personnes sont séropositives et la plupart d'entre elles vivent avec le virus depuis de nombreuses années et réussissent à atteindre leurs objectifs. J'ai même repris mes études sérieusement. 

Maintenant, je travaille mieux à l'école parce que j'ai réussi à surmonter la stigmatisation et je sais que j'ai un avenir. Certaines personnes me montrent toujours du doigt, mais je suis assez forte pour les ignorer et me concentrer sur mon futur. Une personne dans mon voisinage est au courant de mon statut, mais elle ne dira rien à personne. Les autres ne le savent pas. Seuls ma mère, mes frères et ma grand-mère sont au courant. 

Je suis la présidente du club d'entraide. Les Jeunes Positivent se composent de jeunes de plus de 15 ans, mais le club d'entraide s'adresse aussi aux enfants de moins de 14 ans. J'anime une émission de radio tous les jeudis. On suit également d'autres jeunes pour s'assurer qu'ils suivent leur traitement et pour t les aider à suivre leur régime thérapeutique. On se rend à leur domicile, et s'ils ont des problèmes particuliers, on les emmène au bureau pour essayer de trouver un moyen de les aider. 

Après le secondaire, j'aimerais aller à l'université. Si je travaille fort, je peux devenir médecin et aider les gens et en particulier ceux qui vivent avec le VIH. J'aimerais aussi devenir journaliste pour voyager dans d'autres pays. 

Lorsque j'aurais fini mes études, je veux me marier avec un homme qui sera séronégatif et avoir deux enfants. J’ai un petit copain maintenant. Il est séronégatif et il connaît mon statut. On a des rapports protégés. Nous sommes allés nous faire dépister ensemble. Il ne croyait pas que j'étais séropositive. Les résultats étaient négatifs pour lui et positifs pour moi et nous sommes toujours ensemble. »